Essentiel dans l’alimentation de nombreux ménages ouest-africains, le riz brisé pourrait devenir plus coûteux sous l’effet d’une demande asiatique croissante et de la contraction attendue des disponibilités sur le marché international.
Selon le dernier rapport du Département américain de l’Agriculture (USDA), la reprise des achats chinois et les décisions prises récemment par l’Inde et les Philippines pourraient modifier les équilibres du commerce international et affecter les principaux marchés d’Afrique de l’Ouest.
La Chine a importé 1,4 million de tonnes de riz brisé au cours des sept premiers mois de 2026, soit près du tiers de ses achats attendus sur l’ensemble de l’année. Cette demande est notamment alimentée par l’industrie de l’alimentation animale, qui utilise davantage le riz brisé comme substitut au maïs lorsque son prix devient compétitif.
Dans le même temps, l’Inde, premier exportateur mondial de riz, a relevé en juillet le prix administré du riz brisé destiné aux distilleries produisant de l’éthanol. Cette mesure pourrait encourager les opérateurs à privilégier le marché intérieur au détriment des exportations. Quelques jours auparavant, les Philippines avaient également durci leurs conditions d’importation, en demandant aux acheteurs de privilégier des qualités contenant au moins 25% de brisures.
Ces évolutions revêtent une importance particulière pour l’Afrique de l’Ouest. Contrairement à la Chine, où le riz brisé est surtout destiné à l’alimentation animale, il constitue une denrée de base au Sénégal, au Mali, en Guinée-Bissau et en Gambie. Au Sénégal, plus de 65% des importations de riz en provenance d’Inde sont constituées de riz brisé. Au Mali, les qualités contenant 25 à 30% de brisures représenteraient environ 70% de la consommation.
Une réduction des disponibilités mondiales pourrait donc se traduire par une hausse des coûts d’approvisionnement et, à terme, des prix pour les consommateurs. La concurrence asiatique pourrait également réduire l’écart de prix entre les différentes qualités. Les riz contenant 25%, 30% ou 100% de brisures, traditionnellement moins chers que le riz à 5% de brisures, pourraient ainsi voir leur décote se resserrer.
Les premiers signes sont déjà visibles au Sénégal, les importations de riz brisé ont reculé de 35% au premier semestre 2026 sur un an, selon l’USDA. Cette tension intervient alors que les Philippines devraient importer un niveau record de 5,6 millions de tonnes de riz en 2026/2027, renforçant la concurrence entre acheteurs asiatiques et africains. Le Vietnam, la Birmanie, la Thaïlande et le Pakistan pourraient adapter leurs exportations pour répondre à cette demande.
R. A.







