La Côte d’Ivoire et le Ghana, respectivement premier et deuxième producteurs mondiaux de cacao, abordent la campagne 2026/27 avec des prix bord champ très différents. Au Ghana, le prix producteur a été fixé à 42.400 cedis par tonne, soit environ 3,65 dollars/kg, pour la campagne principale ouverte le 25 septembre.
En Côte d’Ivoire, le prix minimum garanti a été établi à 1.200 FCFA/kg, soit environ 2,07 dollars/kg, depuis l’ouverture de la campagne le 1er septembre. L’écart atteint ainsi près de 75% en faveur des producteurs ghanéens. Les deux pays administrent leurs prix, mais selon des mécanismes distincts.
Au Ghana, le prix est désormais lié à la valeur brute FOB du cacao. Le nouveau cadre légal garantit aux producteurs au moins 70% de cette valeur. Pour 2026/2027, le COCOBOD a retenu une part de 71,18%, aboutissant au tarif de 42.400 cedis/t.
Cette proportion était de 63,9% en 2024/25 et avait atteint 70% lors de la campagne précédente. En Côte d’Ivoire, le prix minimum garanti repose normalement sur au moins 60% du prix CAF de référence, avec un plancher de 50% lorsque les cours internationaux reculent fortement.
Le gouvernement a justifié les 1.200 FCFA/kg par la nécessité de préserver l’équilibre financier de la filière, dans un contexte de baisse des cours et de ventes anticipées déjà réalisées. Le prix avait été fixé à 51.660 cedis/t, avant d’être relevé à 58.000 cedis en octobre 2025, puis ramené à 41.392 cedis en février 2026. La chute des cours avait alors compliqué la commercialisation et accentué les tensions financières.
Le risque de transferts clandestins
Le différentiel actuel pourrait également influencer les flux de cacao entre les deux pays. Des écarts de rémunération ont déjà favorisé par le passé des mouvements informels de fèves à travers la frontière.
En 2026, des acheteurs ghanéens ont notamment été accusés d’avoir utilisé des fonds destinés au cacao local pour acquérir des fèves ivoiriennes introduites clandestinement. Si l’écart persiste, la Côte d’Ivoire pourrait donc voir une partie de sa production échapper aux circuits officiels. L’ampleur du phénomène dépendra néanmoins de l’évolution des cours, des conditions de commercialisation et des contrôles frontaliers.
Les deux pays misent désormais aussi sur la traçabilité pour limiter ces mouvements : le Ghana affirme avoir déployé son système national, tandis que la Côte d’Ivoire a rendu sa traçabilité et la carte du producteur obligatoires depuis le 1er septembre 2026.
N. M.







