Le Sénégal veut relancer une filière d’huile de palme qui stagne depuis plusieurs années et reste fortement dépendante des importations. Dakar envisage, avec l’appui de l’Indonésie, de développer 60.000 hectares de plantations dans le centre et le sud du pays.
Le projet a été évoqué le 11 septembre à Dakar lors d’une rencontre entre le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Elevage (MASAE) et l’ambassadeur d’Indonésie. Les deux parties envisagent notamment de mettre en place un groupe de travail technique mixte chargé d’accompagner sa mise en œuvre.
Les modalités du projet restent toutefois à préciser, notamment son calendrier et son financement. L’initiative traduit néanmoins la volonté de Dakar de renforcer la production nationale et de réduire progressivement le coût des importations d’huile de palme.
La filière sénégalaise reste en effet limitée. Selon les données de la FAO, les superficies consacrées au palmier à huile sont demeurées autour de 11.800 hectares entre 2015 et 2024, sans dépasser 12.000 hectares. La production industrielle d’huile de palme a suivi une trajectoire similaire, se maintenant autour de 14.000 tonnes par an.
Cette offre ne suffit pas à couvrir la demande intérieure. Sur la période 2015-2024, le Sénégal a importé en moyenne 148.100 tonnes d’huile de palme par an, avec un record de 195.937 tonnes en 2017. Ces importations ont représenté en moyenne près de 108 millions de dollars par an, avec un pic de 172 millions de dollars en 2020.
Le développement de 60.000 hectares constituerait donc un changement d’échelle considérable pour la filière. Il permettrait d’accroître les capacités nationales de production tout en créant les conditions d’un approvisionnement local plus important.
Le choix de l’Indonésie comme partenaire n’est pas anodin. Premier producteur et exportateur mondial d’huile de palme, le pays devrait produire près de 46,7 millions de tonnes en 2025/2026, selon le département américain de l’Agriculture (USDA). L’expertise indonésienne pourrait notamment être mobilisée pour améliorer les rendements, sélectionner les variétés adaptées, renforcer les techniques culturales et développer les capacités de transformation.
Pour Dakar, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à étendre les surfaces plantées, mais à construire une filière plus intégrée, allant de la production des régimes de palme jusqu’à la transformation industrielle.
Cette coopération s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre l’Indonésie et les filières africaines. En Tanzanie, un partenariat engagé en 2025 avec l’Association indonésienne de l’huile de palme (GAPKI) porte notamment sur la formation et l’appui technique. Au Nigeria, premier producteur africain, un protocole conclu en 2024 prévoit également un partage de connaissances et de technologies.
R. A.







