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Inflation, déficit extérieur et réserves de change en baisse : L’équation monétaire se complique pour la Tunisie

La hausse des prix alimentaires, le renchérissement des prix de l’énergie et la dégradation des équilibres extérieurs du pays compliquent de  plus  en  plus la conduite de la politique monétaire du gouvernement tunisien.

Dans cette atmosphère, l’inflation qui a atteint 5,6% en glissement annuel durant le mois de septembre dernier, contre 5,4% en août, a incité la BCT (Banque centrale de Tunisie) à maintenir son taux directeur à 7% lors de la réunion de son conseil d’administration qui s’est tenue mercredi dernier, traduisant la poursuite des efforts pour tenter de contenir les tensions inflationnistes, alors  que  la  croissance  ralentit  et  les réserves en devises se contractent.

Selon les données publiées lundi dernier par l’INS (Institut tunisien de la statistique), l’inflation a atteint son niveau le plus élevé depuis avril 2025, avec une hausse alimentée essentiellement par les produits alimentaires, dont les prix ont augmenté de 8,7% sur un an, après 7,8% en août.

Sur un mois, l’indice des prix à la consommation a progressé de 0,8% le mois dernier, contre 0,5% en août et les prix des produits alimentaires ont grimpé de 2,2%, portés notamment par les légumes frais (+6,9%), les œufs (+6,1%) et les volailles (+5,7%).

Selon le même organisme, l’inflation sous-jacente, qui exclut les produits alimentaires et l’énergie, est restée stable à 4,9% en glissement annuel dans un contexte où la Banque mondiale prévoit une inflation moyenne de 5,5% pour l’ensemble de 2026.

Cette accélération intervient dans un contexte international marqué par la flambée des prix des carburants et autres produits énergétiques, mais aussi par les incertitudes sur les approvisionnements, poussant la BCT à souligner que « les cours énergétiques dépassent désormais les niveaux anticipés en juin », ce qui fait augmenter les coûts de production et de distribution.

Face à ce défi, le maintien du taux directeur à 7% s’inscrit dans une politique de prudence monétaire, à travers laquelle, en conservant un coût du crédit élevé par rapport à l’inflation mesurée, la BCT cherche à limiter les tensions sur la demande et à éviter que la hausse des prix ne s’installe durablement.

Toutefois, cette orientation comporte un revers, pouvant notamment pousser à la hausse les coûts de financement des entreprises et des ménages, au moment où le ralentissement de l’activité industrielle pèse déjà sur la croissance, selon un nombre d’analystes.

Des réserves en devises qui ne couvrent que 3 mois d’importations

L’arbitrage est d’autant plus délicat que les déséquilibres extérieurs se creusent, dont le déficit courant qui a atteint 4,7 milliards de dinars tunisiens (près de 1,6 milliard de dollars) sur les huit premiers mois de 2026, soit 2,5% du PIB (produit intérieur brut), contre 2,7 milliards de dinars (moins d’un milliard de dollars) et 1,6% du PIB à la même période de 2025.

Dans le même temps, la facture des importations énergétiques est passée, selon la BCT, de 8,8 à 11,3 milliards de dinars (de 2,9 à près de 3,8 milliards de dollars), une flambée qui absorbe davantage de ressources en devises et accentue la pression sur les comptes extérieurs du pays.

Les réserves de change constituent un autre indicateur à surveiller, avec des avoirs ayant été de 23,7 milliards de dinars (7,9 milliards de dollars) au début octobre courant, soit l’équivalent de 92 jours d’importations, contre 104 jours un an auparavant. 

Ce niveau ne signifie pas, à lui seul, que le pays est « confronté à une crise immédiate de paiements », mais il traduit toutefois « une marge de sécurité plus réduite » face à de nouveaux chocs sur les importations ou aux échéances financières extérieures, selon des experts relayés par des médias locaux.

La situation monétaire et financière tunisienne reste ainsi soumise à plusieurs contraintes simultanées, dont le ralentissement de la croissance, la hausse des prix de l’énergie, des besoins de financement de l’économie en hausse et des pressions sur les réserves en devises. 

Dans le même temps, le gouvernement fait face à la fragilisation continue des finances publiques, dont une dette publique estimée par la Banque mondiale à 82,2% du PIB en 2025, après avoir été de 84,9% en 2024, tandis que le déficit budgétaire s’était établi à 5,2% du PIB.

Par ailleurs, l’accès limité aux financements internationaux a conduit le gouvernement tunisien à recourir davantage aux ressources intérieures, y compris à des emprunts auprès de la BCT pour couvrir certains besoins de financement, ce qui réduit donc les marges de manœuvre budgétaires et souligne l’importance de préserver la stabilité monétaire du pays.

Ahmed A.

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