La dépendance énergétique continue de peser sur les équilibres extérieurs de la Tunisie, confrontée à la hausse des prix des hydrocarbures et aux tensions sur le secteur de la production et de distribution l’électricité.
A fin septembre dernier, les importations du pays en produits énergétiques ont augmenté de près de 32% sur un an, tandis que les délestages enregistrés durant l’été ont mis en évidence les limites des capacités de production au niveau local.
Face à cette double contrainte, le gouvernement entend renforcer rapidement l’offre en la matière, remettre en service des installations existantes et accélérer la mobilisation de nouvelles capacités de production d’énergie verte et leur raccordement au réseau de distribution. Selon les données de l’INS (Institut tunisien de la statistique), publiées jeudi dernier, les importations de pétrole et dérivés ont progressé de 31,7% en valeur, à 4,1 milliards d’euros (environ 4,8 milliards de dollars).
Cette évolution résulte à la fois, selon le même organisme, de la hausse des volumes importés d’hydrocarbures (+13,2%) et de celle des prix à l’importation (+16,4%), alors qu’elle intervient dans un contexte où les besoins en gaz naturel pour la production d’électricité exposent les finances publiques et la balance commerciale aux variations des marchés internationaux.
De manière plus globale, les importations de biens ont atteint 71,4 milliards de dinars tunisiens (près de 23,3 milliards de dollars) à fin septembre, en hausse de 13,1% sur un an et les exportations se sont établies à 50,4 milliards de dinars (près de 16,4 milliards de dollars), soit une progression de 8,6%.
Le déficit commercial s’est ainsi creusé à 21 milliards de dinars (près de 6,8 milliards de dollars), en dégradation de 25,5% sur un an, avec la progression des importations énergétiques qui contribue directement à l’aggravation du déséquilibre extérieur, et ce, malgré les performances des exportations de composants électriques et de certaines catégories de produits agro-industriels.
De son côté, la STEG (Société tunisienne de l’électricité et du gaz) a présenté le 9 octobre courant, en conseil des ministres, un plan d’action qui vise à augmenter rapidement les capacités disponibles, après les difficultés d’approvisionnement de l’été.
35% d’énergies renouvelables à l’horizon 2030
A court terme, l’entreprise prévoit de gagner 250 MW grâce au refroidissement de l’air des unités existantes, de mettre en service une troisième turbine à gaz de 300 MW et d’acquérir des centrales à moteurs à gaz totalisant 200 MW, dont un appel d’offres a déjà été publié le 5 octobre.
Le programme prévoit également la remise en service de deux parcs éoliens de près de 200 MW de capacités, auxquelles s’ajouteront quelque 300 MW d’énergies renouvelables qui devraient être raccordés au réseau d’ici l’été prochain, ainsi que 40 MW issus du cinquième appel à projets du régime des autorisations, selon la STEG.
D’autres projets sont également prévus, parmi lesquels une centrale photovoltaïque de 200 MW à Tataouine, dotée d’un système de stockage de 100 MWh et dont le marché a été attribué à AMEA Power, ainsi qu’une installation de 50 MW avec batteries dans la région de Béni M’hira et une extension de 30 MW du parc éolien de Sidi Daoud.
Ces projets, selon les objectifs tracés par la STEG, devront contribuer à porter la capacité totale de production de 6 à 7,2 GW, soit une progression d’environ 20%, alors que le plan prévoit parallèlement de réduire la demande de 300 MW lors des heures de pointe, grâce à des mesures d’incitation et à une meilleure gestion des délestages.
Toutefois, l’enjeu pour la Tunisie dépasse la seule réponse aux tensions estivales, comme l’avait laissé entendre le ministre chargé de l’Energie, selon qui, le gaz naturel représente près de 97% de la consommation du secteur électrique, tandis que la production locale ne couvre qu’une partie des besoins, le complément provenant de l’importation, notamment d’Algérie.
Dans cette configuration, la Banque mondiale a relevé dans une récente analyse que le pays connait une certaine forme de « dépendance aux combustibles importés » qui expose son économie aux « fluctuations des cours internationaux et alourdit les coûts supportés par l’Etat ».
Pour réduire cette vulnérabilité, les autorités visent désormais une part de 35% d’énergies renouvelables dans la production électrique à l’horizon 2030, contre une contribution encore limitée actuellement.
Ahmed A.







