
A l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la France aborde les prochains mois avec des marges de manœuvre budgétaires fortement réduites et un climat social sous tension, marqué par des vagues de contestation successives.
La dette publique, les difficultés de pouvoir d’achat liées notamment à l’énergie et la grogne contre les mesures d’économies du gouvernement se conjuguent au moment où l’exécutif prépare une loi de Finances pour 2027 marquée par la recherche de plus de 50 milliards d’euros d’économies. Les derniers indicateurs publiés avant-hier par l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) illustre parfaitement l’impasse vers laquelle se dirige l’économie du pays.
A la fin du deuxième trimestre 2026, la dette publique française a atteint 3595,5 milliards d’euros (plus de 4 080 milliards de dollars), en hausse de 59,6 milliards d’euros sur trois mois. Avec ce volume, jamais atteint depuis 1946, la dette française pèse désormais 119% du PIB (produit intérieur brut), contre 117,5% au premier trimestre, alors que la dette nette, alimentée principalement par les dépenses de l’Etat, atteint pour sa part 111,4% du PIB.
Cette évolution intervient alors que le gouvernement prévoit encore une détérioration sur l’ensemble de l’année, comme le reflète les données transmises au Haut Conseil des finances publiques, selon lesquelles, la dette devrait atteindre 119,3% du PIB en 2026, puis 121,7% en 2027, tandis que le déficit public est attendu à 5,4% du PIB cette année et à 5% en 2027. Le coût de cet endettement constitue lui-même une contrainte croissante, selon l’AFT (Agence France Trésor) qui prévoit une charge budgétaire de la dette de 62,6 milliards d’euros en 2026, contre 59,3 milliards d’euros prévus initialement, puis de 72,9 milliards d’euros en 2027.
Parallèlement, le besoin de financement de l’Etat atteindrait, quant à lui, un niveau de 339,7 milliards d’euros durant l’exercice prochain, favorisé principalement par le remboursement de titres arrivant à échéance. Cependant, la conjoncture actuelle n’offre pas non plus un soutien puissant aux finances publiques, car le PIB du pays est resté stable au deuxième trimestre, soit sans aucune progression, après une contraction de 0,2% durant les trois premiers mois de cette année.
Dette : Un niveau record jamais atteint depuis 1946
Sur la même période, le pouvoir d’achat du revenu disponible des ménages par unité de consommation a reculé de 0,6% et la Banque de France prévoit désormais une croissance limitée à 0,4% seulement en 2026, avant de passer à 0,9% en 2027. En outre, la conjoncture actuelle est marquée par le renchérissement de l’inflation qui a grimpé à 2,4% sur un an en août dernier, contre 2,1% en juillet, essentiellement sous l’effet de l’énergie, dont les prix ont bondi de 16,7% sur un an et les produits pétroliers de 5,6% sur le seul mois d’août, tandis qu’à la pompe, le gasoil a dépassé 2,39 euros le litre à la mi-septembre.
Cette hausse est directement liée au choc provoqué sur les marchés énergétiques par la guerre au Moyen-Orient, dont, pour amortir ses effets, le gouvernement Lecornu a misé sur les aides ciblées, portant le montant total des mesures de soutien à 1,4 milliard d’euros, ce qui représente un fardeau supplémentaire sur les finances publiques.
La question du pouvoir d’achat se retrouve également au cœur de la contestation dans la fonction publique en réaction au gouvernement qui a annoncé le gel du point d’indice en 2027, pour la quatrième année consécutive, dans le cadre de son effort budgétaire. En réaction à cette décision fortement contestée et rejetée en bloc par la population, les huit organisations syndicales représentatives et actives dans l’Hexagone ont appelé à la mobilisation, dénonçant l’érosion des rémunérations réelles et demandant des revalorisations.
La première action a eu lieu ce mardi, avec un mouvement de grève qui a touché plusieurs secteurs de la fonction publique, notamment le secteur de la santé et hospitalier, l’administration locale, outre la mobilisation dans le secteur de l’éducation. C’est dans ce climat donc que se prépare l’élection présidentielle de 2027 durant laquelle le début devra sans doute se focaliser sur les propositions pour sortir de ce bourbier d’un endettement record, une croissance faible, un pouvoir d’achat en nette dégradation, et surtout une contestation sociale croissante autour de l’effort budgétaire.
Ahmed A.







