Skip to content
Menu

Travailler davantage, la solution miracle pour Volkswagen ?

À l’approche d’une confrontation entre la direction de Volkswagen et les syndicats sur les plans de restructuration du constructeur allemand, la question de la semaine de travail de 35 heures revient au centre du débat. Les constructeurs automobiles allemands cherchent à réduire leurs coûts alors que leurs bénéfices sont sous pression et que la concurrence de modèles moins chers fabriqués à l’étranger s’intensifie.

En Allemagne, la semaine de 35 heures constitue depuis plusieurs décennies une référence pour de nombreux salariés de l’industrie métallurgique et automobile. Elle est issue des conventions collectives négociées par le syndicat IG Metall après plusieurs conflits sociaux dans les années 1980 et 1990.

En Saxe, où l’avenir de l’usine Volkswagen de Zwickau est menacé, le ministre-président Michael Kretschmer estime qu’une semaine de 40 heures devrait être sérieusement envisagée. Le chancelier Friedrich Merz a lui aussi estimé que le modèle actuel pouvait nuire à la compétitivité allemande.

Toute modification du temps de travail doit toutefois être négociée entre les employeurs et les syndicats. IG Metall s’oppose fermement, pour l’instant, à une augmentation de la durée du travail sans compensation salariale. Selon le rapport Harbour d’Oliver Wyman, ’Allemagne figure parmi les pays où les coûts de main-d’œuvre automobile sont les plus élevés. Ils atteindraient environ 3 307 dollars par véhicule, contre 955 dollars en Espagne et 597 dollars en Chine.

Une augmentation du temps de travail pourrait donc, en théorie, améliorer la productivité.  En prenant un coût horaire de 65 euros, l’analyste automobile Ferdinand Dudenhoeffer estime « qu’une semaine de 40 heures pour le même salaire pourrait réduire les coûts de main-d’œuvre d’environ 13%. »

La demande met à rude épreuve Volkswagen

Mais cette mesure ne réglerait pas nécessairement les difficultés structurelles du groupe. Pour l’économiste en chef d’ING, Carsten Brzeski, « cinq heures supplémentaires par semaine ne suffiraient pas à combler l’écart de compétitivité avec des sites industriels à bas coûts comme ceux de Chine. »

Volkswagen fait également face à un problème de demande. Le constructeur prévoit de réduire environ un demi-million de véhicules de capacité annuelle excédentaire dans son réseau européen et envisage la fermeture de quatre usines en Allemagne. Dans ce contexte, faire travailler davantage les salariés ne permettrait pas nécessairement de résoudre le déséquilibre entre la capacité de production et les ventes.

IG Metall rappelle qu’il existe d’autres moyens de traverser une période difficile. En 1994, Volkswagen et les syndicats avaient conclu un accord permettant aux salariés d’accepter une rémunération réduite en échange d’une semaine de 28,8 heures répartie sur quatre jours. Cette solution avait donné au constructeur le temps nécessaire pour se restructurer et améliorer ses méthodes de production, alors que la baisse des ventes menaçait jusqu’à 30 000 emplois.

Le débat actuel dépasse donc largement la seule durée du travail. Pour Volkswagen, la compétitivité dépendra aussi de la demande, des coûts énergétiques, de la productivité, de l’innovation et de la capacité du groupe à adapter son appareil industriel. Une semaine de 40 heures pourrait apporter un gain immédiat sur certains coûts, mais elle ne constitue pas, à elle seule, une réponse aux difficultés profondes auxquelles l’industrie automobile allemande est confrontée.

F. B.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Archive