Les fortes réductions des financements internationaux commencent déjà à peser sur la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a averti hier le directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre ces trois maladies, Peter Sands, mettant en garde contre des conséquences plus importantes à long terme si cette tendance devait se poursuivre.
« Il ne fait aucun doute que les réductions des financements extérieurs ont eu un impact sur les résultats sanitaires », a déclaré M. Sands à Genève, tout en précisant que l’ampleur exacte de cet impact n’était pas encore chiffrée. Le Fonds mondial attend notamment les données consolidées de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les résultats sanitaires de 2025.
Les premiers résultats publiés en 2026 montrent toutefois que les perturbations ont davantage touché les programmes de prévention que ceux consacrés au traitement. Selon le rapport 2026 du Fonds mondial, 1,1 million de personnes ont bénéficié en 2025 d’une prophylaxie pré-exposition (PrEP) contre le VIH dans les pays où l’organisation intervient, contre 1,4 million en 2024, soit une baisse de 300.000 bénéficiaires.
Pour le directeur du Fonds mondial, cette évolution s’explique notamment par les choix opérés par les pays face à la contraction des ressources. « Ce que vous avez vu en 2025, c’est que les pays ont déplacé des ressources et donné la priorité aux activités immédiatement vitales », a-t-il expliqué. Ainsi, « le traitement s’en est mieux sorti que la prévention », une stratégie qui permet de préserver les services essentiels à court terme, mais qui risque d’avoir des conséquences sanitaires à plus long terme.
Dans le domaine de la tuberculose, les programmes ont notamment subi des perturbations dans la recherche des cas, le diagnostic et le traitement. L’OMS avait déjà relevé que les financements du cycle 2024-2026 du Fonds mondial avaient été réduits de 1,4 milliard de dollars en juillet 2025, soit 11% de l’allocation initialement prévue.
L’organisation avait averti que ces réductions menaçaient les services essentiels de prévention, de diagnostic et de traitement de la tuberculose. Les données publiées en septembre 2026 montrent néanmoins que certains services essentiels ont pu être préservés.
Dans les pays soutenus par le Fonds mondial, 26,9 millions de personnes étaient sous traitement antirétroviral contre le VIH en 2025, contre 25,6 millions en 2024. Quelque 7,4 millions de personnes ont également été traitées pour la tuberculose, un niveau comparable à celui de 2024.
Le paludisme constitue cependant la principale source d’inquiétude pour Peter Sands. Le directeur du Fonds mondial estime que les dépenses consacrées à cette maladie restent « indéniablement insuffisantes ».
Les perturbations du financement ont notamment entraîné des ruptures de stocks de médicaments essentiels et des retards dans certaines campagnes de prévention. Malgré ces difficultés, 196 millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide ont été distribuées en 2025, contre 162 millions en 2024.
Cette situation intervient dans un contexte de forte contraction du financement international de la santé. Une analyse publiée en juin 2026 par KFF estime que dans 29 pays concernés par les nouveaux accords de financement américains, les réductions cumulées des financements des Etats-Unis et du Fonds mondial pourraient atteindre 4,3 milliards de dollars entre 2026 et 2029, soit une baisse de 24% par rapport aux niveaux antérieurs.
Le Fonds mondial lui-même a dû adapter son dispositif. En février 2026, son conseil d’administration a fixé à 12,64 milliards de dollars le résultat final de sa huitième reconstitution des ressources, tandis que les ressources disponibles pour les allocations nationales sur la période 2026-2028 ont été établies à environ 10,78 milliards de dollars. Face à cet environnement financier contraint, l’organisation a décidé de renforcer la priorisation des interventions et d’accélérer la transition de certains pays vers une plus grande autonomie financière.
Le Fonds mondial souligne que ces ajustements ne signifient pas que les progrès accomplis sont acquis. Dans son rapport 2026, l’organisation relève que les perturbations du financement ont déjà provoqué des reculs dans la prévention du VIH, la détection et le traitement de la tuberculose ainsi que dans certaines interventions contre le paludisme.
Depuis sa création en 2002, le partenariat du Fonds mondial a contribué à sauver 72 millions de vies et à réduire de 65% le taux combiné de mortalité dû au sida, à la tuberculose et au paludisme, rappelle Peter Sands. Ces résultats témoignent des progrès réalisés, mais les responsables de la santé mondiale soulignent que la réduction des efforts de prévention pourrait compromettre une partie de ces acquis si elle se prolonge.
L’enjeu est donc désormais de maintenir les traitements indispensables tout en évitant que les contraintes budgétaires ne conduisent à négliger la prévention, la détection précoce et les campagnes de lutte contre les maladies. Pour le Fonds mondial, l’évolution des financements au cours des prochaines années sera déterminante pour préserver les progrès réalisés contre ces trois grandes maladies infectieuses.
Sabrina M.







