Les difficultés d’approvisionnement qui touchent certains matériaux et composants essentiels mettent en évidence les vulnérabilités des chaînes de valeur de l’industrie automobile européenne. Une nouvelle étude récemment commandée par l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) et réalisée par EY République tchèque et EY Allemagne analyse ces dépendances et les pressions géopolitiques qui pèsent sur le secteur.
« Les risques les plus importants proviennent de la concentration de l’approvisionnement dans un nombre limité de pays, de fournisseurs et de centres de traitement », relève l’étude, qui examine dix matériaux et composants critiques de la chaîne d’approvisionnement automobile, parmi lesquels les semi-conducteurs, les aimants de terres rares, le silicium, le cuivre et les faisceaux de câbles.
L’analyse souligne que « ces vulnérabilités sont également liées au nombre limité d’alternatives disponibles et aux délais nécessaires pour développer de nouvelles capacités de production », ajoutant que « le défi ne se limite pas à l’accès aux matières premières ». Pour six des dix intrants analysés, le raffinage et la transformation constituent les étapes les plus vulnérables de la chaîne de valeur.
La mise en place de solutions alternatives à ces étapes nécessite non seulement des investissements, mais également des compétences spécialisées, une main-d’œuvre qualifiée, des autorisations, ainsi que des procédures de validation technique et d’homologation propres à l’industrie automobile. Selon l’étude, ces processus peuvent prendre plusieurs années. La transition vers des véhicules électriques et de plus en plus numériques contribue également à modifier les besoins de l’industrie.
Si l’électrification réduit la dépendance à certains composants traditionnels, elle accroît parallèlement la demande en semi-conducteurs, en électronique de puissance et en matériaux critiques, dont les chaînes d’approvisionnement sont souvent concentrées. L’industrie automobile européenne se retrouve en outre en concurrence pour l’accès à ces intrants avec d’autres secteurs, notamment l’intelligence artificielle, les centres de données, la défense et les énergies propres.
Pour répondre à ces vulnérabilités, l’étude identifie cinq priorités : « accélérer les procédures d’autorisation, de qualification et de passage à l’échelle industrielle, cibler les investissements sur les principaux points de blocage, diversifier les partenariats d’approvisionnement, renforcer le suivi et la préparation des chaînes d’approvisionnement et créer une demande crédible à long terme afin de favoriser les investissements privés. » « Des chaînes d’approvisionnement résilientes constituent un impératif stratégique pour l’industrie automobile européenne », indique l’ACEA.
L’organisation estime que le renforcement de cette résilience nécessite des mesures et des incitations permettant de diversifier les sources d’approvisionnement, de consolider certaines capacités stratégiques et de maintenir l’attractivité de l’Europe pour les investissements industriels.
F. B.







