Il y a les guerres que l’on voit, celles qui font retentir les armes et mobilisent les soldats aux frontières. Et puis il y a les guerres silencieuses, moins visibles, celles dont les ravages peuvent pénétrer au cœur même de la société. La lutte contre le narcotrafic appartient désormais à cette seconde catégorie. Elle oppose des réseaux criminels qui cherchent à inonder le pays de drogues et de psychotropes à des services de sécurité engagés dans une traque sans relâche. Une autre guerre d’Algérie, en quelque sorte, une guerre pour protéger la jeunesse, les familles et l’avenir du pays.
Les chiffres donnent la mesure de cette bataille. Plus de 10,4 millions de comprimés de prégabaline et 33,4 kilogrammes de cocaïne saisis dans une seule opération constituent davantage qu’un spectaculaire bilan sécuritaire. Derrière ces cargaisons se trouve une stratégie criminelle, menée par des officines de pays ennemis, faire entrer massivement des substances dangereuses, organiser leur distribution, élargir les réseaux de consommateurs et transformer la dépendance en source durable de profits et de déstabilisation.
Les millions de comprimés interceptés au cours des derniers mois montrent que les trafiquants ne jouent plus à petite échelle. Ils disposent de moyens logistiques considérables, de véhicules spécialement aménagés, de relais transfrontaliers et de méthodes de communication sophistiquées. Leur objectif est particulièrement inquiétant parce qu’il touche à la jeunesse. La drogue n’est pas seulement une marchandise pour ces réseaux, elle est une arme de déstabilisation sociale.
Intoxiquer une jeunesse, c’est fragiliser des familles, alimenter la violence et la délinquance et, à terme, affaiblir la société… Face à cette offensive, l’Etat mène une véritable guerre de renseignement et d’interception. ANP, Gendarmerie nationale, Sûreté nationale et Douanes sont engagées sur différents fronts. Elles surveillent les frontières, interceptent les cargaisons, démantèlent les réseaux, identifient les trafiquants et cherchent à remonter jusqu’aux commanditaires et aux financiers. Les opérations successives témoignent d’une mobilisation qui ne se limite plus à saisir une cargaison, il s’agit de frapper les filières dans leur profondeur.
Cette lutte prend une dimension particulière aux frontières. Selon les éléments avancés par les autorités sécuritaires, une part importante des drogues saisies provient des zones frontalières ou transite par les frontières sud et ouest du pays. Les réseaux exploitent les pistes difficiles d’accès, les moyens de communication cryptés et des véhicules adaptés pour contourner les dispositifs de surveillance. Face à eux, les forces de sécurité adaptent leurs méthodes, renforcent le renseignement et resserrent progressivement l’étau.
C’est là que se situe le parallèle avec une autre forme de guerre. Hier, la menace était identifiée à travers des unités combattantes et des lignes de front. Aujourd’hui, le danger peut circuler dans un camion, une voiture, un téléphone ou une cargaison dissimulée dans une citerne.
L’ennemi n’a pas nécessairement d’uniforme et ne cherche pas toujours à conquérir un territoire. Il cherche à pénétrer le marché, recruter des intermédiaires et atteindre progressivement la société. Mais cette guerre ne pourra pas être gagnée par la seule répression. La fermeté contre les barons du narcotrafic doit aller de pair avec la prévention, l’éducation, l’accompagnement des familles et la protection des jeunes vulnérables. Arrêter un trafiquant est une victoire sécuritaire, empêcher un jeune de tomber dans la dépendance est une victoire de société.
La bataille sera longue, car l’argent de la drogue nourrit des organisations capables de se renouveler rapidement. Un réseau démantelé peut être remplacé par un autre, un itinéraire fermé peut être contourné. La victoire exige donc une vigilance permanente, une coordination accrue des services et une politique de prévention à la hauteur de la menace, mais aussi et surtout des châtiments exemplaires. Car protéger le pays, ce n’est pas seulement protéger ses frontières. C’est aussi protéger ce qui se trouve derrière elles, ses enfants, ses familles et sa jeunesse. La guerre contre les narcotrafiquants est, au fond, une guerre pour l’avenir de l’Algérie.
S. M.





