La diplomatie est un exercice difficile. Elle exige de la constance, de la maîtrise et une lecture lucide des rapports de force. Dans un monde marqué par les crises, les rivalités et les luttes d’influence, un Etat ne peut défendre ses intérêts s’il renonce à ses principes. La récente participation de l’Algérie à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies en donne une illustration. De New York aux rencontres bilatérales, Alger a porté une même vision fondée sur le droit international, la souveraineté des Etats, le dialogue et le renforcement du multilatéralisme.
En effet, cette présence ne s’est pas limitée à une succession de déclarations. Chargé par le président Abdelmadjid Tebboune de représenter l’Algérie, le ministre d’Etat, des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a multiplié les interventions, les réunions et les consultations. A la tribune de l’ONU, l’Algérie a défendu une réforme du Conseil de sécurité et une représentation africaine permanente et équitable. Ainsi, derrière cette revendication se trouve une question essentielle, celle de la place de l’Afrique dans les mécanismes où se prennent les grandes décisions internationales.
Surtout, la diplomatie algérienne se distingue par la constance de ses positions. La Palestine en est un exemple. Alger a réaffirmé son soutien indéfectible au droit du peuple palestinien à établir son Etat indépendant et souverain avec El Qods pour capitale. Cette position a été portée à l’ONU dans les cadres arabe et islamique et lors de la réunion consacrée à la solution à deux Etats. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’une réaction ponctuelle, mais d’une ligne diplomatique défendue dans plusieurs enceintes.
Par ailleurs, la souveraineté des Etats et la non-ingérence occupent une place centrale dans la vision algérienne. En Afrique, du Sahel à la Corne de l’Afrique, l’Algérie défend le principe selon lequel les problèmes africains doivent trouver des réponses africaines. Sur le Sahel, elle associe la lutte contre le terrorisme au développement, au dialogue et à la réconciliation. En Libye, elle soutient une solution politique et pacifique conduite par les Libyens eux-mêmes, avec un rôle central pour les Nations unies.
Cette conception mérite d’être soulignée. L’Algérie ne présente pas sa diplomatie comme un instrument destiné à décider à la place des autres peuples. Elle défend ses intérêts et ses positions sans faire de l’ingérence un principe d’action. Dans un monde où les rivalités régionales et les luttes d’influence prennent parfois des formes complexes, Alger affirme une approche fondée sur la souveraineté et le respect des choix des Etats. De même, la puissance diplomatique ne se confond pas avec les manœuvres de coulisses.
Une politique étrangère forte est celle qui assume ses positions, les défend dans les enceintes internationales et accepte la confrontation des arguments. L’Algérie n’a pas besoin de transformer la diplomatie en spectacle pour faire entendre sa voix. Elle mise sur la présence, la négociation, la constance et le dialogue.
C’est une démarche plus exigeante, car elle suppose de défendre ses intérêts sans renoncer à ses principes. En outre, cette politique étrangère ne signifie nullement l’isolement. Bien au contraire. A New York, les échanges avec les responsables diplomatiques du Portugal, du Danemark, de la Grèce, de la Tunisie, du Mozambique, du Cameroun, du Niger, de la Mauritanie, de l’Iran, de l’Arabie Saoudite et de nombreux autres pays ont porté sur la sécurité, l’énergie, le commerce, les investissements, les infrastructures et la coopération économique.
Cette diversité des interlocuteurs montre qu’une diplomatie souveraine peut rester ouverte et active. La même logique apparaît dans les dossiers qui concernent les pays du Sud. Au sein du G77 et de la Chine, Alger a défendu une coopération Sud-Sud renforcée et un multilatéralisme plus équitable. La question du financement du développement, l’accès aux technologies, la transformation numérique et l’intelligence artificielle ont ainsi trouvé leur place dans l’agenda diplomatique algérien. La politique étrangère ne se limite donc pas aux crises et aux questions sécuritaires.
En outre, la question du Sahara occidental demeure inscrite dans la ligne défendue par Alger. Ahmed Attaf a réaffirmé le soutien de l’Algérie au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et à la poursuite du processus onusien. La question a de nouveau été abordée lors de la rencontre avec le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. L’ensemble de cette séquence permet de comprendre ce que représente l’exercice diplomatique. Il ne suffit pas de disposer d’une position. Il faut savoir la défendre, la porter dans différentes enceintes, dialoguer avec des partenaires qui n’ont pas toujours les mêmes intérêts et rester constant lorsque les circonstances deviennent difficiles. La diplomatie est donc un exercice de patience autant que de fermeté.
L’Algérie d’aujourd’hui entend ainsi jouer dans la cour des Etats qui comptent, non par des effets d’annonce, mais par sa présence dans les grands débats internationaux, son attachement à sa souveraineté et sa capacité à défendre une ligne propre. Dans un monde où les rapports de force évoluent rapidement, cette autonomie de décision constitue un enjeu majeur. La force d’une politique étrangère ne se proclame pas. Elle se construit dans le temps, par la cohérence, le travail et la capacité à transformer une position en action diplomatique. C’est dans cette continuité que se trouve la portée de la diplomatie algérienne, une diplomatie qui entend parler en son nom, défendre ses intérêts, respecter les choix des autres Etats et rester fidèle aux principes qu’elle porte sur la scène internationale.
Mustapha Kateb





