L’Inde, troisième importateur mondial de pétrole, a augmenté considérablement ses importations de pétrole russe, en mois de mars dernier, dans un contexte de guerre au Moyen-Orient, qui a provoqué la fermeture par l’Iran du détroit d’Ormuz, d’où transite 20% de la production quotidienne de l’or noir.
Selon le quotidien The Times of India, les importations indiennes de pétrole russe ont bondi de 90% en mars par rapport au mois précédent, alors que des informations relayées par l’agence spécialisée Bloomberg, font état de l’achat par les raffineurs indiens de 60 millions de barils de pétrole russe, pour livraison en avril. Du pétrole initialement destiné à la Chine, selon les médias.
Cette hausse des importations indiennes du pétrole en provenance de Russie, sous le coup de sanctions occidentales à cause de la guerre russe en Ukraine, intervient suite à la dérogation accordée par Washington à New Delhi, afin d’éviter un choc économique d’ampleur pour l’Inde et surtout stabiliser les prix du baril qui ont frôlé les 120 dollars et qui pourraient atteindre les 150 dollars si les flux transitant par le détroit d’Ormuz restaient perturbés jusqu’à la mi-mai, affirme JP Morgan.
La dérogation américaine, d’une durée de 30 jours, concerne l’achat de pétrole sous-sanction déjà en mer. Même si l’Inde continue de s’approvisionner auprès de l’Arabie Saoudite, qui exporte une partie de sa production via l’oléoduc qui débouche sur la mer Rouge, cela ne suffira pas à répondre à ses besoins dans l’immédiat et à moyen-terme.
Cela contraint l’Indé à chercher d’autres solution alternative pour nourrir sa machine industrielle énergivore, mais également garantir l’accès à l’électricité à plus de 1,3 milliards d’Indiens. Pour ce faire, New Delhi a augmenté ses importations en provenance de pays africains comme l’Angola, le Gabon, le Ghana et le Congo, ce qui reste tout de même insuffisant.
« Les producteurs du Moyen-Orient réorientent partiellement leurs approvisionnements via des oléoducs contournant le détroit d’Ormuz, notamment l’oléoduc Est-Ouest (Yanbu) d’Arabie saoudite et l’oléoduc Habshan-Fujairah des Émirats arabes unis. Ces flux ont apporté un soulagement progressif, permettant à l’Inde de continuer à s’approvisionner dans la région malgré les contraintes maritimes », a déclaré Sumit Ritoia, analyste principal chez Kpler, une société internationale d’analyse de données.
Il a ajouté que les achats de pétrole russe devraient se poursuivre jusqu’en avril, et qu’il existe également une possibilité d’achat de pétrole iranien. « L’Inde devrait également commencer à recevoir du pétrole vénézuélien à partir d’avril, ce qui contribuerait à atténuer une partie du risque lié à l’approvisionnement en pétrole brut », ajoute le même expert.
En attendant et pour éviter toute crise à l’horizon, l’Inde a importé du pétrole iranien, a affirmé le ministère indien du Pétrole. C’est la première cargaison que l’inde importe de Téhéran depuis 2019, suite aux pressions américaines pour qu’elle n’achète pas de pétrole brut iranien, sous-sanctions des Etats-Unis.
« Malgré les perturbations de l’approvisionnement au Moyen-Orient, les raffineurs indiens ont sécurisé leurs besoins en pétrole brut, y compris auprès de l’Iran ; et il n’y a aucun obstacle au paiement pour les importations de pétrole brut iranien », a déclaré le ministère du Pétrole le X.
L’Inde a sécurisé l’intégralité de ses besoins en pétrole brut pour les mois à venir, a ajouté le ministère, précisant qu’un navire chargé de 44.000 tonnes de gaz de pétrole liquéfié iranien, a accosté mercredi dernier au port de Mangalore, dans l’ouest du pays.
« L’Inde importe du pétrole brut de plus de 40 pays, les entreprises ayant toute latitude pour s’approvisionner en pétrole auprès de différentes sources et régions géographiques en fonction de considérations commerciales », a ajouté la même source.
Pour rappel, La perturbation dans le détroit d’Ormuz a également conduit à une baisse de 40 % des importations de gaz de pétrole liquéfié (GPL) de l’Inde et à une diminution des expéditions de gaz naturel (GNL) en mars, forçant New Delhi à rechercher des sources alternatives, note Times of India, notant que « la forte baisse des importations de GPL a été partiellement compensée par l’augmentation de la production nationale et la restriction des approvisionnements aux consommateurs commerciaux et industriels, afin de garantir la disponibilité du gaz de cuisson pour la vaste clientèle de plus de 332 millions de personnes».
Lyès M.







