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Boualem Sansal | La Légende fabriquée : Du récit personnel au mythe politique

Au fil des années, Sansal a multiplié les prises de position et construit un récit assumé en résonance avec divers discours extérieurs, qui relèvent de la normalisation avec l’entité sioniste, de courants de l’extrême droite française aux accents néocolonialistes, ou encore de certains intérêts marocains. Voilà un homme qui fait tout pour plaire, ne manquant jamais une occasion de critiquer son pays, faisant de la mise en cause de l’Algérie le fil conducteur de son parcours personnel d’écrivain autoproclamé comme intellectuel engagé.

Dans sa déclaration, la famille de Boualem Sansal rejette fermement la version des faits relayés par l’écrivain, qu’elle présente comme une reconstruction erronée de ses origines et de son histoire familiale. Selon ces témoignages, recueillis par « La Voie d’Algérie », ces faits sont déformés. Ainsi, son père n’a ni les origines ni le parcours qui lui sont attribués, sa mère est décrite de manière jugée dévalorisante et, plus largement, l’ensemble du récit familial relèverait d’une réécriture éloignée des faits établis.

La famille oppose à cette narration ce qu’elle considère comme la vérité, fondée sur des éléments biographiques et historiques vérifiables. C’est dans ce contexte de contestation qu’intervient la publication de « La Légende », où l’auteur transforme un épisode judiciaire et carcéral en récit qui résume sa démarche. Le texte prend alors les contours d’un récit hypertrophié, dans lequel l’auteur endosse successivement les rôles de « résistant » et de « victime ».

Dans cette construction narrative, l’expérience individuelle se déploie en dramaturgie globale, où institutions, Etats et idéologies sont convoqués pour conférer à l’événement personnel une portée historique. Cette montée en généralités contribue à installer une figure centrale, omniprésente, au cœur même du dispositif narratif, jusqu’à faire du « je » le point de convergence de tensions qui le dépassent largement.

Rédigé en quarante jours, selon ses dires, l’ouvrage se mue en fresque revendiquant une portée universelle. Ainsi, l’incarcération ne concernerait plus seulement un homme, mais l’Algérie, la France, et jusqu’à l’idée même de liberté dans le monde. Le « je » y occupe une place centrale, au point de se substituer progressivement aux enjeux collectifs qu’il prétend pourtant incarner.

Parallèlement, la réception médiatique de l’ouvrage, en France notamment, montre qu’il est moins lu comme un texte littéraire classique que comme un objet de confrontation politique. De nombreux articles insistent sur son caractère polémique. Il est perçu comme un récit dans lequel l’auteur règle ses comptes avec divers acteurs du champ littéraire, médiatique et politique, tout en construisant une posture de dénonciation généralisée.

Le livre apparaît ainsi comme un « livre de combat », davantage qu’une œuvre de mémoire distanciée, illustrant une forme d’imposture narrative. C’est dans cette accumulation de récits, témoignage d’une famille en désaccord, expérience carcérale amplifiée et reconfigurée, positionnements politiques controversés, que se construit progressivement une figure que le texte lui-même semble chercher à consacrer, celle de la « Légende ».

Une « légende » qui, comme le suggère le texte lui-même, devient un terme suffisamment souple pour accueillir toutes les interprétations, au point de transformer n’importe quel parcours en destinée supposément «exceptionnelle», voire une construction relevant d’une mythification de soi… Reste que Boualem Sansal s’inscrit dans une « ligne éditoriale » ouvertement anti-algérienne, multipliant les prises de position et s’inscrivant dans une narration assumée, en résonance avec certains discours extérieurs, qu’il s’agisse de positions favorables à la normalisation avec l’entité sioniste, de courants de l’extrême droite française aux relents néocolonialistes, ou encore d’intérêts marocains.

Pour preuve, entre autres, ses prises de position publiques sur les frontières de l’Algérie adoptent un discours remettant en cause leur légitimité historique et leur continuité. Ces déclarations, pour rappel, ont suscité de vives réactions au sein du pays, où elles sont largement perçues comme une contestation d’un fondement central de l’Etat algérien. Ainsi, au terme du récit, la « légende » ne désigne plus une simple trajectoire, mais une construction narrative entièrement fabriquée, nourrie par des récits inventés ou déformés que le personnage répète jusqu’à les faire passer pour vrais.

Le récit est ainsi constamment reconfiguré, amplifié et mis en scène au fil des pages, des interventions, des interviews et des prises de position. Boualem Sansal a réussi l’exploit rare de renier ses racines tout en les remplaçant par un récit sur mesure, gentiment sponsorisé.  Au final, il ne reste qu’une « légende fabriquée », si soigneusement bricolée qu’elle en devient pathétique, feignant un destin hors du commun tout en restant bien enfermée dans les coulisses de sa propre fiction, au service de ceux qui s’en servent comme d’une marionnette.

S. A.

 

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