Comment construire des politiques de développement durable capables de protéger la biodiversité face au changement climatique lorsque les données de terrain manquent encore cruellement ? Une nouvelle étude met en lumière une importante faiblesse de la recherche consacrée aux écosystèmes de type méditerranéen.
Une grande partie des connaissances disponibles repose davantage sur des modèles et des expériences que sur l’observation directe de ce qui se passe réellement dans les milieux naturels. Le constat est d’autant plus préoccupant que ces écosystèmes figurent parmi les plus riches en biodiversité et les plus exposés aux bouleversements climatiques. Ils ne se limitent d’ailleurs pas au pourtour de la Méditerranée. Cinq grandes régions du monde présentent des conditions climatiques comparables.
Il s’agit du bassin méditerranéen, de la Californie, du centre du Chili, du sud-ouest de l’Australie et d’une partie de l’Afrique du Sud. Toutes connaissent des étés chauds et secs, des hivers plus froids et humides et abritent une biodiversité particulièrement remarquable, avec de nombreuses espèces endémiques.
Pourtant, cette diversité de territoires ne se retrouve pas dans les observations scientifiques disponibles. En analysant quelque 128 études consacrées aux perturbations des écosystèmes liées au changement climatique dans ces cinq régions, des chercheurs sud-africains ont constaté que seulement 9 % avaient été réalisées dans l’hémisphère sud.
Autrement dit, une grande partie de ce que l’on sait sur l’avenir de ces écosystèmes repose sur des travaux qui ne couvrent pas équitablement les différentes régions concernées. Or, pour anticiper les conséquences du réchauffement climatique et construire des stratégies réellement adaptées au développement durable, il ne suffit pas de multiplier les projections. Il faut aussi observer ce qui se passe sur le terrain.
Un enjeu considérable pour la biodiversité
« La plupart de ce que l’on sait sur le futur des écosystèmes méditerranéens vient de modèles et d’expériences. Mais les observations de ce qui se déroule réellement dans les communautés de plantes sont beaucoup moins communes, et celles qui existent ne sont pas équitablement distribuées autour du monde » , souligne Hana Petersen, l’une des autrices de l’étude, citée par Phys.org. Cette lacune scientifique peut avoir des conséquences concrètes. Les cinq régions étudiées sont déjà confrontées à des pressions climatiques importantes, notamment à l’augmentation des risques liés à la sécheresse.
Le changement climatique pourrait également favoriser certaines conditions propices aux incendies de forêt, aux épisodes de gel, à la propagation de pathogènes ou encore à certaines infestations d’insectes. Pour la biodiversité, l’enjeu est considérable. Les plantes, les animaux et les microorganismes ne réagissent pas partout de la même manière aux changements de température, aux modifications des précipitations ou à la multiplication des épisodes extrêmes.
Les caractéristiques propres à chaque région, mais aussi les interactions entre les espèces, peuvent modifier profondément la manière dont un écosystème résiste ou, au contraire, se fragilise. Il serait donc risqué de considérer qu’un phénomène observé dans le bassin méditerranéen se reproduira nécessairement de la même façon en Afrique du Sud, en Californie ou au Chili. Une telle généralisation pourrait conduire à des politiques de conservation mal adaptées et limiter l’efficacité des stratégies d’adaptation au changement climatique.
La question dépasse ainsi largement le seul domaine de la recherche scientifique. Elle touche directement aux objectifs du développement durable. Préserver les écosystèmes, protéger la biodiversité, renforcer la résilience des territoires et permettre aux sociétés humaines de s’adapter aux transformations environnementales sont désormais des enjeux étroitement liés.
Les auteurs de l’étude plaident ainsi pour davantage de recherches coordonnées entre les différentes régions méditerranéennes du monde. L’objectif n’est pas simplement de combler les zones blanches sur la carte scientifique, mais de comparer les réponses des écosystèmes afin de mieux comprendre leurs mécanismes de résilience. Car une région pourrait aussi devenir une source d’enseignements pour une autre. Comprendre pourquoi certaines communautés végétales résistent mieux à la sécheresse, à la chaleur ou aux perturbations pourrait aider les scientifiques à anticiper les évolutions futures ailleurs et à identifier des solutions de conservation plus efficaces.
Nadine Oumakhlouf







