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Une étude l’affirme : Les industries extractives grignotent les espaces protégés

La biodiversité mondiale se retrouve une nouvelle fois prise en étau entre les ambitions de conservation et les impératifs économiques. Alors que la communauté internationale s’est engagée à protéger  30%  des  terres  et  des  océans  d’ici  2030,  l’expansion  des activités  minières,  pétrolières  et  gazières  menace  directement  des millions  d’hectares  d’écosystèmes   pourtant officiellement protégés.

Une  nouvelle étude  de l’organisation environnementale américaine Earth Insight révèle l’ampleur de cette contradiction qui fragilise les objectifs du développement durable et interroge la sincérité des engagements internationaux. Publiée à quelques jours de la 17e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique, prévue à Erevan, en Arménie, à partir d’aujourd’hui, cette recherche met en évidence une pression industrielle croissante sur les derniers grands réservoirs de biodiversité tropicale.

Les chiffres donnent la mesure du défi. Selon Earth Insight, les blocs pétroliers et gaziers chevauchent plus de 61 millions d’hectares d’espaces protégés, soit une superficie presque équivalente à celle de la France. À cette pression s’ajoutent 42,7 millions d’hectares concernés par des concessions minières. Ces empiètements révèlent une réalité préoccupante. Des territoires reconnus pour leur richesse écologique continuent de faire l’objet de projets d’exploitation susceptibles de compromettre leur intégrité. 

La protection juridique ne constitue donc pas toujours une garantie suffisante contre la dégradation des habitats naturels. Cette situation soulève une question fondamentale pour le développement durable. Comment concilier les besoins énergétiques, l’exploitation des ressources naturelles et la préservation des écosystèmes indispensables à l’équilibre climatique mondial ? L’enjeu dépasse largement la seule conservation des espèces.

Les forêts tropicales, les zones humides et les milieux marins jouent un rôle essentiel dans le stockage du carbone, la régulation des précipitations et la sécurité alimentaire de millions de personnes.

Des sanctuaires naturels menacés par la course aux ressources

L’étude met particulièrement en lumière les contradictions entre les politiques environnementales affichées et les décisions économiques prises sur le terrain. Au Cambodge, le sanctuaire de faune sauvage de Phnom Prich illustre cette dérive. Quelque 10.000 hectares ont été perdus pour permettre l’installation d’une mine d’or à ciel ouvert.

Le constat est d’autant plus inquiétant que 97 % des forêts tropicales intactes du pays se trouvent dans des zones officiellement protégées. Pourtant, 21% de ces espaces sont exposés aux concessions minières et 71% aux activités pétrolières et gazières.

Cette situation témoigne de la fragilité des dispositifs de conservation lorsque les intérêts extractifs prennent le dessus. Elle révèle également les limites d’une approche du développement durable qui privilégie les engagements institutionnels sans garantir leur application effective. Les milieux marins connaissent des vulnérabilités comparables.

Selon les données présentées, plus de 40 % des zones clés pour la biodiversité marine dans la région amazonienne demeurent sans protection. Cette proportion dépasse 50% en Asie du Sud-Est et en Amérique centrale. La pression pourrait encore s’intensifier sous l’effet des préoccupations liées à la sécurité énergétique. 

Le Bangladesh a notamment invité des entreprises à présenter des offres pour l’exploration de blocs pétroliers dans les eaux du golfe du Bengale, une région particulièrement riche en biodiversité. Pour les chercheurs, ces tendances risquent de transformer les engagements environnementaux en simples déclarations d’intention, sans véritable capacité à freiner l’artificialisation et la destruction des habitats.

ODD-2030, l’urgence de dépasser les promesses

Au cœur des inquiétudes figure l’objectif international dit « 30×30 », adopté dans le cadre de l’accord mondial sur la biodiversité. Il prévoit la conservation d’au moins 30% des terres, des eaux intérieures et des espaces marins d’ici 2030. Or, selon Earth Insight, les engagements gouvernementaux actuels permettraient d’atteindre seulement 23 % de couverture protégée à cette échéance.

Un écart considérable subsiste donc entre les ambitions collectives et les mesures annoncées. Mais le problème ne se limite pas aux superficies. Pour Madhu Rao, président de la Commission mondiale des aires protégées de l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’attention internationale s’est excessivement concentrée sur les objectifs quantitatifs, au détriment de la qualité réelle de la protection.

Autrement dit, multiplier les parcs et réserves sur les cartes ne garantit pas leur préservation si des concessions industrielles continuent d’y être accordées. Une marge d’action existe néanmoins.  Tyson Miller, directeur exécutif d’Earth Insight, souligne qu’une majorité des concessions identifiées n’ont pas encore reçu les autorisations nécessaires.

Les gouvernements disposent ainsi de la possibilité de les annuler avant que les dommages deviennent irréversibles. Cette perspective place les États devant leurs responsabilités. Réviser les concessions incompatibles avec la conservation, renforcer les évaluations environnementales et privilégier des modèles économiques moins destructeurs deviennent des conditions essentielles d’une transition véritablement durable.

Nadine Oumakhlouf

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