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Une coalition de plus de 140 organisations sonnent l’alarme : La durabilité des océans européens menacée à l’horizon 2030

L’Europe veut afficher ses ambitions en  matière  de  protection  des  océans, mais  sur  le  terrain, le constat  est  beaucoup  moins  rassurant.  Les  pressions  exercées  sur  les  écosystèmes  marins persistent, tandis que certaines mesures environnementales suscitent de vives inquiétudes.

À  l’horizon  2030,  le  décalage  entre  les  engagements  affichés  et  les  actions  réellement  menées  devient particulièrement préoccupant. C’est le constat dressé par le « Manifeste bleu » (Blue Manifesto), publié par une coalition de plus de 140 organisations de la société civile à travers l’Europe. Leur évaluation de la politique maritime européenne livre des résultats « extrêmement préoccupants » et pointe directement les difficultés de l’Union européenne à atteindre son objectif d’un océan « sain et résilient d’ici 2030 ».

Le calendrier rend l’alerte d’autant plus forte. La semaine européenne de l’océan 2026, qui se déroule du 28 septembre au 4 octobre, place précisément la santé des mers au centre des débats. Or, derrière les engagements internationaux, les ONG constatent une réalité plus fragile : « l’Europe ne parvient pas à protéger ses propres eaux ».

Et derrière la protection des océans se joue un enjeu beaucoup plus vaste : celui du développement durable. Biodiversité, climat, sécurité alimentaire, emplois, économie maritime et résilience des territoires côtiers dépendent directement de la capacité à préserver des écosystèmes marins en bonne santé.

Un retard qui menace les ambitions de développement durable

Pour mesurer les progrès accomplis, les auteurs du rapport ont évalué les différents objectifs du « Manifeste bleu » à partir de textes législatifs européens, d’avis scientifiques ainsi que de données et de décisions institutionnelles publiques.

Leur système d’évaluation utilise plusieurs niveaux de couleur, du vert foncé lorsque l’objectif est atteint au rouge lorsque « l’échéance est dépassée sans réalisation, qu’aucune action pertinente n’a été entreprise ou que l’action contredit directement le résultat demandé ». Le bilan varie selon les domaines. L’UE obtient notamment une note de 7,5/10 pour son leadership international en faveur des océans.

Les auteurs mettent en avant la ratification de l’Accord sur la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, connu sous le sigle BBNJ, ainsi que le maintien d’une « position ferme contre l’exploitation minière des fonds marins ». Mais cette dynamique internationale contraste avec les difficultés rencontrées à l’intérieur même de l’Union. Le rapport dénonce des « échecs de l’UE à agir de manière significative sur le plan national, ce qui met en péril sa crédibilité globale ».

Pour les organisations signataires, certaines évolutions récentes pourraient même fragiliser les protections existantes. Elles citent notamment l’« Omnibus environnemental » et les tests de résistance des directives Oiseaux et Habitats, qui pourraient, selon elles, « affaiblir davantage les protections environnementales dont dépendent les mers européennes ».

Au-delà de la conservation de la nature, cette situation pose donc une question centrale de développement durable : « comment concilier activités économiques, exploitation des ressources marines et préservation à long terme des écosystèmes dont dépendent les sociétés européennes ? »

Des pressions multiples sur les écosystèmes marins

L’« Omnibus environnemental » illustre précisément ce débat. La Commission européenne présente cette initiative comme un moyen de « simplifier et rationaliser les règles environnementales en réduisant les charges administratives, en accélérant les procédures d’autorisation et en soutenant les entreprises, sans réduire les normes environnementales ».

Les organisations environnementales portent une appréciation différente. Surfrider estime notamment que ces évolutions pourraient avoir des « conséquences concrètes et durables sur le climat, sur la qualité de l’eau, la pollution des sols, la présence de substances toxiques dans notre quotidien mais aussi notre santé ».

Le rapport souligne également la persistance de fortes pressions sur les écosystèmes marins. Parmi elles figurent les « pratiques de pêche destructrices », notamment le chalutage de fond dans certaines zones marines protégées.

La question climatique occupe également une place centrale. « Le rôle crucial de l’océan dans la régulation de notre climat continue d’être ignoré », déplorent les auteurs, alors même que les écosystèmes marins sont particulièrement exposés aux conséquences du changement climatique.

Cette fragilité est d’autant plus préoccupante que l’océan joue un rôle essentiel dans l’équilibre climatique de la planète.  Sa protection constitue ainsi l’un des piliers d’une transition vers un modèle de développement plus durable, capable de préserver les ressources naturelles pour les générations futures.

Le plastique ajoute une autre dimension à cette équation. Une étude publiée dans Communications Earth & Environment indique que même un arrêt des nouveaux rejets de plastique dans les océans d’ici 2050, associé au retrait des macroplastiques flottants déjà présents, pourrait ne pas suffire à empêcher l’accumulation de microplastiques. Un constat qui souligne l’importance d’agir à la source, mais aussi d’accélérer les opérations de nettoyage des milieux marins.

2030, une échéance décisive pour changer de trajectoire

Malgré ce bilan sévère, la coalition estime qu’il est encore possible d’inverser la tendance. « L’UE est loin de prendre les mesures nécessaires pour atteindre un océan en bonne santé d’ici 2030 », mais plusieurs leviers existent déjà, selon les auteurs.

Première priorité, il faudra appliquer pleinement les législations existantes, notamment la loi sur la restauration de la nature et la politique commune de la pêche, lors que le deuxième levier souligne que les prochaines étapes législatives, avec notamment l’Acte européen pour l’océan, ou « Ocean Act », ainsi que les révisions de la directive-cadre « stratégie pour le milieu marin » et de la directive sur la planification de l’espace maritime. Enfin, le futur budget de l’Union européenne sera déterminant pour transformer les ambitions en actions concrètes.

« À mi-mandat, l’UE est encore loin de garantir un océan en bonne santé, essentiel pour l’alimentation, l’emploi, la protection du climat, la biodiversité et le développement économique », estime la coalition. Elle souligne toutefois que «la bonne nouvelle est que de nombreux outils nécessaires pour inverser la tendance sont déjà disponibles ».

Nadine Oumakhlouf

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