Depuis le 1er novembre dernier, l’Algérie est officiellement entrée dans la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). L’étape de la mise en œuvre a bel et bien commencé. En effet, l’Algérie a amorcé le dernier visage qui va lui permettre d’intégrer un marché de 1,3 milliard de personnes, un produit intérieur brut (PIB) de 3.400 milliards de dollars de l’ensemble des 55 États membres de l’Union africaine. La Zlecaf est sans conteste la plus grande zone de libre-échange au monde. Depuis la ratification de l’accord de la Zlecaf en 2021, le temps s’est très vite écoulé. Un an plus tard, en décembre 2023, l’Algérie a adhéré officiellement à l’initiative de commerce guidé pour accélérer la phase de concrétisation qui permettra aux opérateurs économiques d’effectuer des échanges commerciaux avec leurs homologues des pays partenaires de l’initiative sans contraintes douanières. Une occasion idoine pour en tirer des avantages considérables et surtout promouvoir les exportations algériennes hors hydrocarbures. Cette initiative vise à tester l’environnement opérationnel, institutionnel et juridique de la mise en œuvre de l’accord de la Zlecaf, à travers le lancement effectif des échanges commerciaux, conformément aux avantages préférentiels prévus dans l’accord portant création de la zone, entre les Etats parties ayant rempli les conditions minimales pour entamer ces échanges, indiquent des experts. L’Algérie s’y est visiblement bien préparée depuis sa ratification de l’accord. La mise en en œuvre de l’accord à partir du 1er novembre dernier a donné un véritable coup d’accélérateur pour la mise en place des mécanismes et de l’écosystème à même de permettre à l’économie nationale d’intégrer le marché africain. Toutes les institutions du pays concernées par l’opération se sont mises en ordre de bataille. Plusieurs réunions de coordination et de mobilisation ont eu lieu périodiquement. Et l’engagement des douanes algériennes appelées à jouer un rôle crucial et central dans les échanges commerciaux intra-africains n’est pas en reste. Le système d’information de traitement des voyageurs est entré en service le 1er novembre dernier à l’occasion de la célébration du 70e anniversaire de la guerre de Libération nationale. Le directeur général des Douanes, le général-major Abdelhafid Bakhouche, qui en avait fait l’annonce, avait précisé que ce système, dédié au traitement des voyageurs et des déclarations électroniques de devise, ainsi qu’au dédouanement des véhicules, comprend également les unités chargées de la délivrance des titres de passage en douane (TPD). Le directeur général des douanes revenait d’Accra (Ghana), où il avait pris part aux travaux de la 8e réunion des directeurs généraux des Douanes de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Lors de la réunion tenue siège du secrétariat général de la Zlecaf, «plusieurs points relatifs aux activités des Douanes dans cette zone, à l’instar de l’élaboration de la version finale du titre de passage en Douanes (TPD) et l’examen des questions en suspens concernant le certificat d’origine électronique» ont été soulevés.
Les institutions en ordre de bataille
Dans une allocution prononcée en présence du ministre des Finances, Laâziz Faïd, le responsable des douanes algériennes, qui avait réaffirmé la détermination de l’institution qu’il dirige à promouvoir les exportations, avait assuré que tous les efforts sont orientés vers «la facilitation des procédures douanières et l’octroi des avantages fiscaux» en prévision de la mise en application de l’accord de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Cette décision, disait-il, «répond au souci de la direction générale des Douanes de promouvoir les échanges commerciaux et d’investir le marché africain», mettant en avant son rôle dans «l’activation des différents mécanismes pour la contribution efficiente dans l’amélioration du climat de l’investissement et la promotion de l’économie nationale».
Rien n’est laissé au hasard. Le directeur général des Douanes a mis l’accent d’ailleurs «sur la poursuite du processus de modernisation de l’institution, basé essentiellement sur la numérisation et le développement des logiciels du système Alces (Algerian Customs Electronic System) pour le doter d’un portail numérique qui permet sa connexion avec les systèmes d’information des différents ministères et organismes gouvernementaux chargés de la délivrance des autorisations et certificats administratifs en lien avec les opérations d’exportation et d’importation. Autrement dit, l’Algérie est réellement entrée dans le vif du sujet en organisant plusieurs événements en vue de vulgariser l’accord de la Zlecaf. D’abord une Conférence nationale sur les enjeux de la Zone de libre-échange continentale africaine en vue d’expliquer son importance pour l’économie nationale et les économies des Etats africains, ensuite l’organisation de la 1re édition de la Conférence africaine de l’exportation et de la logistique qui s’est déroulée à Alger à l’automne dernier.
Cette manifestation, qui a été organisée par la Société d’études économiques et développement des investissements (SEEDI), avait pour objectif de vulgariser «les nouvelles dispositions et avantages mis en place par l’Etat au profit des exportateurs algériens pour optimiser leurs opérations commerciales en Afrique dans le cadre des accords de la Zlecaf. Le but est aussi de rapprocher l’exportateur de l’importateur par l’implication de tous les acteurs dans cette importante démarche économique».
Etaient de la partie des experts, des institutions, des exportateurs, des logisticiens et des acteurs majeurs de l’économie africaine, ainsi que des opérateurs économiques nationaux (producteurs, industriels, transporteurs, exportateurs…) relevant de plusieurs secteurs, dont l’agriculture, l’agroalimentaire, l’emballage, les industries lourde et légère, des banques, des assurances et du transport.
2.000 exposants à Alger
Mais le plus grand rendez-vous africain est, sans conteste, celui qui est attendu dans un peu moins d’une année en Algérie. Les algériens s’y préparent d’ailleurs. Le pays accueillera un événement, sans conteste, le plus grand rassemblement pour les échanges commerciaux interafricains. Il s’agit de la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF), prévue du 4 au 10 septembre 2025 à Alger. La Banque africaine d’import-export Afreximbank en est l’organisatrice. Plus de 2.000 exposants, dont des entreprises du continent africain et du monde entier, présenteront leurs produits et services.
Selon un communiqué de l’Afeximbank, le thème retenu est «Passerelle vers de nouvelles opportunités». L’IATF2025 accueillera plus de 35.000 visiteurs de plus de 140 pays du monde entier. L’on prévoit plus de 44 milliards de dollars américains d’accords commerciaux et d’investissements pendant la semaine de la foire.
Des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres du Commerce, des Finances, de la Culture et d’autres ministères ainsi que des dirigeants d’industrie seront présents à l’IATF 2025.
Les organisateurs prévoient un riche programme et d’importantes activités qui comprennent principalement «une exposition commerciale, un forum sur le commerce et l’investissement de quatre jours avec des intervenants africains et internationaux, ainsi qu’un Salon sur l’industrie automobile africaine».
Selon Afreximbank, des Journées spéciales seront consacrées aux pays ainsi qu’à des entités publiques et privées pour présenter les opportunités commerciales et d’investissement. «Des attractions touristiques et culturelles sont aussi prévues dans le programme de l’évènement qui comprend une journée dédiée à la diaspora afin de mettre en avant les liens commerciaux et culturels entre l’Afrique et ses communautés à l’étranger».
Les organisateurs ont inscrit également au programme, une plateforme interentreprises (B2B) et interentreprises-gouvernement (B2G) pour la mise en relation et les échanges commerciaux, le programme AU Youth Start-Up présentant des idées et des prototypes innovants, la plateforme de recherche et d’innovation africaine @ IATF pour les étudiants universitaires et les chercheurs.
«Cet événement biannuelle, organisé en collaboration avec la Commission de l’Union africaine (CUA) et le secrétariat général de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), vise à soutenir le développement du commerce et des investissements intra-africains, en particulier dans le contexte de la mise en œuvre de l’accord de libre-échange continental africain».
Le défi de la logistique et la Transsaharienne
L’Algérie s’apprête à y jouer un rôle central. C’est la locomotive qui s’emploie de manière soutenue à créer une prospérité partagée entre les pays africains. Elle a été pionnière en anticipant toutes les faiblesses de l’Afrique et les écueils qui sont à même de constituer un frein pour son développement et la mise en œuvre de l’accord de la Zlecaf. Les écueils sont multiples, mais celui de la logistique est l’un des plus importants. Le réseau routier est très faible, rendant les connexions très difficiles entre les différents pays et territoires du continent. C’est là où apparaît, en effet, l’apport de l’Algérie au continent en initiant, dès les années 1970, la construction de la route transsaharienne où le taux d’avancement des travaux, selon les responsables algériens et ceux de la Banque africaine de développement (BAD), a atteint 90%. La partie (2.400 km) située sur le territoire algérien est quasiment finie. De même pour le tronçon de 1.100 km du Nigeria. Il ne reste, selon les mêmes sources, que l’axe du Mali 200 km (réalisé à 50%), 222 km au Niger et 412 km au Tchad. L’axe seconde de la Tunisie est, lui aussi, prêt. Pour désenclaver la région, l’Algérie a ouvert un nouveau chantier avec la construction d’une route qui relie Tindouf à Zouerate, en Mauritanie, sur une longueur de près de 800 km. C’est une véritable ouverture vers l’Afrique de l’Ouest.
Pas seulement. Pour booster les échanges commerciaux intra-africains, le gouvernement a créé aussi cinq zones franches entre l’Algérie et cinq pays africains, à savoir la Mauritanie, la Tunisie, la Libye, le Mali et le Niger.
L’accord de la Zlecaf doit aussi relever un autre défi qui est lié à la sécurité et la stabilité sur le continent pour que celui-ci puisse amorcer au plus vite son développement économique.
Rabie Mehdi







