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Le dernier rapport sur le secteur automobile l’affirme : Une croissance mondiale de 3,5% tirée par la Chine

Le rapport économique et commercial de l’année 2025 de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) a dressé un constat « contrasté de l’industrie automobile mondiale ». Derrière des indicateurs globalement orientés à la hausse, « les fragilités structurelles persistent et s’accentuent même dans certaines régions ». Dès les premières lignes, le diagnostic est posé par ce rapport révélant que « les marchés automobiles mondiaux ont affiché des tendances positives en 2025, malgré une croissance variable selon les régions ».

Car si les immatriculations mondiales ont progressé de 3,5% pour atteindre 77,6 millions d’unités, cette croissance masque « des déséquilibres profonds », selon le même rapport, qui souligne que «la dynamique mondiale repose en grande partie sur quelques moteurs, au premier rang desquels la Chine ». A l’inverse, d’autres régions peinent à retrouver un rythme soutenu, freinées par « l’incertitude économique, les coûts de production ou encore les tensions commerciales ».

Sur le plan macroéconomique, l’environnement reste incertain. Certes, « les perspectives économiques de l’Union européenne (UE) sont meilleures que prévu », avec une croissance du Produit intérieur brut (PIB) attendue à 1,5% en 2025 et une inflation maîtrisée autour de 2% à horizon 2026. Mais ces prévisions restent vulnérables, notamment en raison de « l’escalade des tensions au Moyen-Orient qui constitue un risque majeur pour ces projections macroéconomiques ».

Au niveau de la production, la progression mondiale de 4,2%, à 78,7 millions de véhicules, confirme la reprise enclenchée après les perturbations des dernières années. Toutefois, là encore, les écarts régionaux sont significatifs.

L’Asie domine largement avec 62,1% de la production mondiale, tandis que l’Union européenne ne représente plus que 14,6%. Cette répartition illustre un basculement progressif du centre de gravité de l’industrie automobile vers l’Est.

Dans ce contexte global, l’un des principaux dysfonctionnements réside dans « la fragmentation croissante du marché », marquée par des politiques industrielles divergentes, des tensions commerciales et une concurrence accrue, notamment de la part des constructeurs chinois.

Les primes à la casse et les énergies nouvelles à la rescousse

La Chine apparaît comme le principal moteur de la croissance automobile mondiale en 2025, selon ce rapport, révélant que « les immatriculations y ont progressé de 5,5%, soutenues par des primes à la casse et des politiques en faveur des véhicules à énergies nouvelles ».

Cette politique volontariste permet au pays non seulement de stimuler son marché intérieur, mais aussi de renforcer sa compétitivité à l’international. La production chinoise a ainsi bondi de 10,4%, portée par « un soutien politique important et par l’augmentation des volumes d’exportation ».

Ce dynamisme se traduit directement sur les marchés étrangers, notamment en Europe, où « les voitures fabriquées en Chine représentent désormais 7% des ventes de l’UE ». Ce chiffre, encore modeste en apparence, traduit en réalité une percée significative des constructeurs chinois sur un marché historiquement dominé par les acteurs européens.

Il met en lumière une transformation rapide du paysage concurrentiel, où les marques chinoises gagnent en qualité, en innovation et en compétitivité-prix.

Dans le même temps, les exportations européennes vers la Chine reculent fortement, « face à une concurrence locale accrue ». Cette inversion des flux souligne un déséquilibre croissant entre les deux blocs.

L’Europe : une résilience fragile sous pression

En Europe, l’année 2025 se caractérise par une croissance modeste mais réelle. Selon le document, « les immatriculations ont progressé de 1,4%, après un début d’année hésitant ». Cependant, cette reprise reste fragile et largement conditionnée par des facteurs externes.

Le secteur est confronté à plusieurs contraintes majeures. D’abord, « les coûts énergétiques élevés continuent de peser sur la production ». Ensuite, « les droits de douane et les tensions commerciales perturbent les échanges ». Enfin, «la transition vers les motorisations zéro émission impose des investissements massifs, dans un contexte de rentabilité sous pression ».

La structure industrielle européenne reste fortement concentrée. Selon ce document, « l’Allemagne assure 21% des ventes de voitures dans l’Union », suivie par l’Espagne, la République tchèque, la France et la Slovaquie. Ensemble, « les constructeurs européens fournissent 73% du marché ». Ce poids important témoigne de la solidité du tissu industriel, mais aussi de sa dépendance à quelques grands pôles.

Sur le plan commercial, la situation se dégrade. « Les importations ont reculé de 3,2% et les exportations de 6,2% », ce qui pèse sur l’excédent commercial, désormais limité à 76 milliards d’euros. Le déséquilibre avec la Chine est particulièrement préoccupant, car, indique encore le document, « les exportations de l’UE ont chuté de 43%, tandis que les importations chinoises ont continué de progresser ».

Amérique du Nord : une croissance sous contrainte

En Amérique du Nord, la croissance du marché automobile reste modérée. Les immatriculations n’ont progressé que de 1%, reflétant « un contexte économique incertain et volatil », indique le document, ajoutant que cette situation s’explique par plusieurs facteurs, comme l’inflation persistante, les taux d’intérêt élevés et les hésitations des consommateurs face à la transition énergétique.

Le marché nord-américain demeure néanmoins stratégique, notamment pour les exportations européennes. Les Etats-Unis figurent parmi les principaux débouchés pour les véhicules produits dans l’UE. Toutefois, les politiques protectionnistes et les droits de douane introduits ces dernières années complexifient les échanges.

A titre d’exemple, les exportations turques vers les Etats-Unis ont chuté de 21,4%, « conséquence directe des droits de douane instaurés l’an dernier ». Ce cas illustre les effets concrets des tensions commerciales sur les flux internationaux.

Les échanges internationaux : un système sous tension

L’un des points les plus critiques du rapport concerne les échanges commerciaux, fortement perturbés en 2025. La baisse simultanée des importations et des exportations dans l’UE traduit un ralentissement global des flux. Ainsi, le cas de la Chine est emblématique.

Le pays dépasse pour la première fois le million de véhicules exportés vers l’Europe, accentuant le déséquilibre commercial. « Cette évolution reflète non seulement la montée en puissance de l’industrie chinoise, mais aussi les difficultés des constructeurs européens à maintenir leurs positions sur certains marchés », souligne le document, précisant que certains acteurs tirent leur épingle du jeu, à l’image de la Turquie qui enregistre une hausse de 27,9% de la valeur de ses exportations ». Cette performance contraste avec la tendance générale et souligne la recomposition en cours des chaînes de valeur mondiales.

Le véhicule utilitaire : révélateur des tensions industrielles

Le marché des véhicules utilitaires constitue « un indicateur avancé des tensions économiques et industrielles ». En 2025, révèle encore le rapport, «il a connu une année difficile en Europe (…) Les immatriculations de fourgonnettes et de camions ont reculé respectivement de 8,8% et 6,2% », tandis que « seuls les autobus affichent une progression de 7,5% », ajoutant, par ailleurs, que ce recul reflète « les défis persistants liés au renouvellement des flottes et à la transition vers des motorisations zéro émission ».

Du côté de la production, les disparités régionales sont marquées. La production mondiale de fourgonnettes progresse de 2%, mais recule de 3,6% en Europe. La situation est particulièrement critique au Royaume-Uni, avec une chute spectaculaire de 70,2%.

Pour les camions, la production dans l’UE diminue légèrement de 0,8%, tandis que les autobus enregistrent un rebond de 8,9%. Ces évolutions contrastées témoignent d’une adaptation inégale des différents segments aux nouvelles contraintes du marché.

Des équilibres commerciaux fragilisés par segment

Les déséquilibres ne se limitent pas aux échanges globaux. Ils se retrouvent également au niveau des différents segments de véhicules. « L’excédent commercial du secteur des fourgonnettes a été divisé par deux », affirme le document, indiquant que « celui des camions recule de 9,5%, et le déficit des autobus atteint 2,9 milliards d’euros ».

Ces chiffres traduisent une détérioration progressive de la position commerciale de l’Europe dans plusieurs segments-clés. Ils soulignent également « les difficultés d’adaptation à un environnement en mutation rapide, marqué par la transition énergétique, la digitalisation et la montée en puissance de nouveaux acteurs ».

Du reste, le rapport met en évidence « une industrie automobile mondiale en pleine transformation ». Et si la croissance est bien au rendez-vous, elle s’accompagne de déséquilibres croissants entre régions, segments et acteurs.

La montée en puissance de la Chine, la fragilisation relative de l’Europe, les tensions commerciales et les défis de la transition énergétique redessinent en profondeur le paysage du secteur.

Farid Belgacem

 

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